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L’éphémère gouvernance de Jérôme de Bontin et l’éviction du coach brésilien Ricardo ne sont plus que de lointains souvenirs, lorsque le nouveau président Etienne Franzi, secondé par son vice-président Michel Aubéry, rappelle aux commandes Marc Keller, que l’homme d’affaires franco-américain avait écarté du pouvoir un an plus tôt. Ainsi va le foot !
Première urgence pour le triumvirat : trouver un entraîneur capable d’appliquer sur le plan sportif la politique d’austérité qu’impose la situation économique du club. Il faut un homme qui n’hésite pas à faire confiance aux meilleurs éléments du centre de formation, en assurant leur post-formation et en les encadrant à l’aide de joueurs d’expérience et, si possible, de talent. Un instant concurrencé par le Niçois d’adoption Frédéric Antonetti, l’Aveyronnais Guy Lacombe est l’heureux élu.
C’est ainsi que revient à Monaco le gaucher brésilien Anderson Luis de Carvalho dit Nenê, en provenance de la Liga espagnole où il avait dû s’exiler pour incompatibilité d’humeur avec Ricardo, et qu’arrivent Eduardo Costa, Djimi Traoré, Sébastien Puygrenier, prêté par le Zénith Saint-Pétersbourg, Mathieu Coutadeur, après un long bras de fer avec son club du Mans, et, en toute fin de mercato, l’attaquant islandais Eidur Gudjohnsen, dont le Barça ne voulait plus, mais qui n’en demeure pas moins une star internationale et à propos duquel on espère secrètement à Monaco qu’il marchera dans les traces de Fernando Morientes, héros de la saison 2003-2004. Nul doute que, à leurs côtés, Johan Mollo, Thomas Mangani, Vincent Muratori, Nicolas Nkoulou, Juan Pablo Pino, Cédric Mongongu, Lukman Haruna ou encore Yannick Sagbo, tous plus prometteurs les uns que les autres, sauront s’épanouir et progresser.
Pour ne pas déroger à la coutume, l’AS Monaco réalise un mois d’août mitigé, gagnant à domicile, perdant à l’extérieur, notamment à Nancy, le 15 août, où elle en prend quatre sans en rendre un seul, et qui la sortira également de la Coupe de la Ligue le mois suivant dès le premier tour. Le point positif est l'adresse diabolique du pied gauche de Nenê qui commence à trouver le chemin des filets français.
Les deux mois suivants seront flamboyants. A l’exception d’une improbable défaite à domicile face à l’AS Saint-Etienne, qui confirmera largement sa supériorité au retour, les Monégasques n’alignent que des succès, chez eux contre le Paris SG et Lens et surtout, à l’extérieur et pas chez n’importe qui, puisqu’il s’agit de la bête noire niçoise et du futur champion, l’Olympique de Marseille, dont Didier Deschamps vient de prendre les rênes. Tant et si bien que, fin octobre, après un petit festival de Nenê sur coups francs à Boulogne-sur-Mer, l’AS Monaco se déplace chez le champion sortant bordelais pour lui disputer la première place du classement. Qui l’aurait parié au cœur de l’été ?
Le miracle ne se produit pas au stade Chaban-Delmas, du moins pas encore. Suivra un mois et demi de vaches maigres où les Asémistes ne glaneront qu’un tout petit point, qui plus est à la maison et devant la lanterne rouge grenobloise qui avait perdu tous ses matches jusque-là. Pas de quoi pavoiser. Mi-décembre, ils boivent même le calice jusqu’à la lie en encaissant au Louis-II quatre buts, pas un moins de moins, des pétillants attaquants lillois, qui ne manqueront pas de doubler la mise au match retour. Ils se ressaisissent heureusement sans tarder, en particulier grâce à leur attaquant sud-coréen Chu Young Park, qui inscrit trois buts décisifs, en trois matches et en une semaine, et qui permet ainsi à son équipe de battre le Stade Rennais, l’ancien club de Guy Lacombe, et de tenir en respect l’Olympique Lyonnais de Claude Puel, le septuple champion de France qui vient d’écraser la première décennie du troisième millénaire. De la sorte, Noël sera plus doux aux supporters monégasques qui, s’ils regrettent l’irrégularité de leurs favoris, fondent quelques espoirs sur leur phase retour, avec un faible pour la Coupe de France qui ne va pas tarder à commencer ?
Les hostilités reprennent après quinze jours d’une trêve réparatrice. Stéphane Ruffier, dont la classe naissante avait été très souvent déterminante au cours des matches aller, va atteindre des sommets, non seulement en Coupe de France, où il qualifie son club aux tirs au but, lors du premier tour, face aux Tourangeaux, valeureux pensionnaires de Ligue 2, mais encore en championnat, au Parc des Princes, où il écoeure les Parisiens à lui tout seul, permettant à son club de réaliser le hold-up parfait. Le mois de janvier représente d’ailleurs la meilleure période de la saison asémiste, sinon dans la manière, du moins dans les résultats, grâce à des victoires contre Montpellier, épatant promu qui fréquente les cimes, Sochaux, Nice – battu au retour comme à l’aller – et, surtout, en seizième de finale de Coupe de France, contre Lyon, éliminé à Fontvieille un mois après y avoir été tenu en échec en championnat.
Début février, les supporters rouge et blanc se prenaient à rêver, persuadés que, avec le meilleur buteur provisoire de L1, Nenê, et Chu Young Park devant, Stéphane Ruffier dans les cages, Sébastien Puygrenier et François Modesto en défense et les futurs mondialistes Diego Perez, Nicolas Nkoulou et Lukman Haruna au milieu, l’ASM pouvait voir l’avenir en rose, d’autant qu’elle venait de bénéficier du prêt pour six mois, en lieu et place de l'Islandais Gudjohnsen, qui s'exilait en Angleterre parce qu'il ne parvenait pas à s'adapter au football français, du jeune et ambitieux Nigérien Moussa Maazou, brut de décoffrage au plan technique, mais d’une puissance phénoménale à la pointe de l’attaque.
En Ligue 1, l’AS Monaco éprouvera pourtant d’énormes difficultés à trouver la bonne carburation, alors qu’on l’avait crue un moment capable de terminer à une place européenne. Pendant plus de deux mois, Nenê et Park demeurant stériles, elle ne remporte qu’un seul succès, et encore aux dépens des relégables boulonnais, à domicile et sur la marge la plus étroite. Mais c’est en Coupe de France, qui occupe une place privilégiée dans le cœur de Guy Lacombe et de son staff, que les Monégasques concentrent tous leurs efforts. Après avoir sorti Lyon au tour précédent, ils réussissent l’exploit d’éliminer le champion bordelais sur ses terres, en plein cœur de l’hiver, dans des conditions météorologiques extrêmes, puisque la neige, exceptionnelle en Gironde, se met à tomber à la mi-temps. Djimi Traoré et Moussa Maazou, habitué aux rigueurs de l’hiver russe, signent la plus belle performance asémiste de la saison.
Il reste deux étapes avant de monter au stade de France disputer la finale de la plus ancienne et la plus populaire épreuve du football français. A la première, en quart de finale, au tout début du printemps, les Sochaliens se présentent au stade Louis-II et prennent peu à peu la mesure des locaux au point de les dominer copieusement en seconde période. Dans les arrêts de jeu, alors qu’ils mènent 3 à 2, ils ont l’occasion de se mettre définitivement à l’abri en arrivant à trois contre un devant les buts de Stéphane Ruffier quand Nicolas Nkoulou, revenu de nulle part, réussit un tacle parfait et lance la contre-attaque, la dernière, celle du désespoir. Au moment où l’arbitre s’apprête à siffler la fin de la rencontre, Juan Pablo Pino, peu utilisé par Guy Lacombe depuis le début de saison, accomplit le miracle auquel plus personne n’osait croire : il s’arrache aux seize mètres pour offrir l’égalisation à son équipe, que Moussa Maazou se chargera de qualifier, en prolongation, pour le dernier carré.
Le 13 avril, l’AS Monaco a la chance de recevoir son adversaire de la demi-finale, le RC Lens, qu’elle doit écarter de sa route si elle veut aller cueillir le muguet du 1er mai à Saint-Denis. Longtemps, les Nordistes inquiètent les Rouge et Blanc au sein desquels Stéphane Ruffier fait bonne garde. Ce n’est qu’après la mi-temps que les locaux s’enhardissent au point d’obtenir un penalty par l’intermédiaire d’Alejandro Alonso. Nenê le tire et le transforme, mais l’arbitre le fait retirer au prétexte que des joueurs monégasques ont pénétré dans la surface prématurément. Et cette fois, Nenê le manque. Alors qu’on les croyait assommés par ce coup du sort, les hommes de Lacombe repartent au contraire de plus belle mais ne parviennent toujours pas à tromper la vigilance du portier adverse. La prolongation s’impose, âpre, tendue, haletante, jusqu’à ce que, sur un centre précis de Nenê, impatient de se racheter de son penalty raté, le Nigérien Moussa Maazou, que cette compétition inspire décidément, catapulte le cuir, d’une tête rageuse, au fond des filets lensois. C’est la délivrance pour tout un club et son public qui exulte de bonheur. Pour la première fois depuis 1991, l’AS Monaco se retrouve en finale de la Coupe de France, où elle sera opposée au Paris SG, qu’elle a battu à deux reprises en championnat au cours de la saison. Jamais deux sans trois ?
Battus en finale un an plus tôt à la tête du Stade Rennais, Guy Lacombe et son staff rêvent de prendre leur revanche avec l’AS Monaco, d’autant qu’elle vient d’accomplir un parcours en tous points remarquable dans cette épreuve. Malheureusement, en ce samedi 1er mai à Saint-Denis, sans doute tétanisés par l’enjeu, les Rouge et Blanc n’inquiètent que très rarement l’arrière-garde parisienne. Comme tout au long de la saison, Séphane Ruffier réalise quelques miracles dans ses buts et retarde l’échéance jusqu’à la prolongation, au cours de laquelle il doit s’incliner sur une tête à bout portant du Réunionnais Guillaume Hoarau. Trop frileux, moins expérimentés que leurs adversaires, les coéquipiers d’Alejandro Alonso, au sein desquels l’absence de Diego Perez s’est révélée préjudiciable, laissent la victoire et le trophée au PSG qui avait évolué, il est vrai, en terrain conquis, malgré la présence turbulente de 6 à 7000 supporters asémistes, venus non seulement de Monaco, mais aussi des quatre coins de l’Hexagone et même des Antilles.
Ce qu’il restait de la saison se termina en pente douce, l’ASM réussissant même deux nuls intéressants à Lorient et à Toulouse, qui lui assuraient la 8ème place du classement. Mais, déjà, la Coupe du Monde, disputée pour la première fois sur le sol africain, occupait tous les esprits. Cinq joueurs monégasques s’y retrouvaient avec leur sélection nationale : l’Ivoirien Jean-Jacques Gosso, le Camerounais Nicolas Nkoulou, le Nigérian Lukman Haruna, le Sud-Coréen Chu Young Park et Diego Perez qui se permettra le luxe d’atteindre brillamment les demi-finales avec l’Uruguay. Un sixième rejoindra tardivement l’Afrique du Sud pour remplacer le troisième gardien blessé de l’équipe de France : Stéphane Ruffier, étincelant tout au long de la saison, obtenait ainsi la juste récompense de ses mérites. En atterrissant au bout du monde pour intégrer les Bleus de Raymond Domenech, se doutait-il qu’il arrivait dans un nid de guêpes ? En tout cas, du bout des yeux, il a pu assister à la débâcle du football français et au pire épisode de son histoire.
Allez Monaco. |